Yana Dubinina (Dyana) est membre de l'Union nationale des artistes d'Ukraine et diplômée de l'Académie d'État des arts décoratifs appliqués et du design Mykhaïlo Boïtchouk de Kyiv (département d'art monumental et décoratif). Ses œuvres ont été exposées à Kyiv, New York, Taipei, Bruxelles, Anvers, Madrid, Paris, Lucerne et Zurich, et en 2026 au Kunsthaus Weiz, en Autriche. Aujourd'hui, son atelier et son exposition permanente se trouvent à Küsnacht, près de Zurich, dans l'espace Showroom39.
Yana, commençons par le début. Comment l'art est-il entré dans votre vie ?
L'art m'inspire depuis l'enfance. Je suis née à Prague en 1979. Ma première formation est en commerce et en finance (je l'ai obtenue en 2002), mais le dessin a toujours été ma passion, et dès 2005 j'ai commencé à travailler dans mon propre atelier.
Par la suite, j'ai compris que je voulais maîtriser le métier plus en profondeur, et je suis entrée à l'Académie Boïtchouk, au département d'art monumental et décoratif. J'en suis sortie diplômée en 2019, alors que j'étais déjà une artiste en activité.
Pourquoi l'art monumental en particulier ?
Les volumes, les grandes formes et la couleur : voilà ce qui distingue mes tableaux. Je me sens à l'étroit dans un petit format. Même lorsque je réalise une série de petites œuvres, je laisse toujours au client la possibilité de les réunir en un grand panneau. L'école monumentale m'a appris à penser l'espace : un tableau, ce n'est pas seulement une toile, c'est aussi un mur, une pièce, l'atmosphère qui l'entoure.
Vous dites que vous pensez en couleurs. Qu'est-ce que cela signifie en pratique ?
Quand je vois des gens ou de beaux endroits, je les vois comme des taches de couleur vives. J'ai une très bonne mémoire visuelle, et elle m'aide à chercher de nouvelles techniques. Mon objectif principal dans chaque projet est de permettre de regarder les choses familières sous un angle tout à fait différent. Trouver la vraie beauté dans les objets, les événements et les moments ordinaires, ou dans ceux qui n'existent que dans l'imagination.
Votre style a sensiblement évolué au fil du temps. Comment décririez-vous ce parcours ?
De même qu'une personne change au cours de sa vie, mon style a changé lui aussi, du pop art à quelque chose de très proche de l'Art déco. Il y a eu des abstractions, de la peinture figurative, des séries décoratives. Aujourd'hui, je m'oriente vers mon propre langage : des figures féminines monumentales dans un environnement ornemental et décoratif. Ce qui s'en rapproche le plus, c'est ma série grand format Cocktail.
Qui vous a influencée en tant qu'artiste ?
Je suis reconnaissante à Gustav Klimt pour l'ornement et l'or, et à Modigliani pour la ligne et la silhouette allongée et noble. Parmi les artistes contemporains, je me sens proche de Kehinde Wiley et d'Amy Sherald, pour la manière dont ils associent le portrait à un fond décoratif et confèrent de la dignité à la personne. Et de Flora Yukhnovich, pour l'audace avec laquelle elle réinterprète aujourd'hui le rococo.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Sur une nouvelle série, « La Troupe d'une seule actrice » (Dramatis Personae). Ce sont des portraits monumentaux de mes amies proches, chacune représentée dans des « rôles » archétypaux, en diptyques et triptyques qui montrent plusieurs visages authentiques d'une même personne. Le langage visuel est théâtral : arches, escaliers, couleurs saturées. Techniquement, il s'agit de peinture à l'huile sur panneaux de bois, et le fond est une laque alkyde brillante que je coule autour des figures à l'aide d'un masquage. Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment une femme peut être à la fois l'héroïne, la muse et la metteuse en scène de sa propre vie.

Outre la peinture, vous créez des peintures murales, des vêtements peints, des sacs, des meubles et même des humidors. Pourquoi une artiste sort-elle du cadre de la toile ?
Je veux que l'art fasse partie de la vie, et pas seulement qu'il soit accroché au mur. C'est pourquoi je peins des rues, des vêtements, des sacs, des meubles, des surfaces en acier : des objets qui accompagnent les gens au quotidien. Depuis cinq ans, je me spécialise dans la peinture d'humidors. C'est un art intime et très personnel, destiné aux collectionneurs. Chacun de ces objets est une histoire à part, créée pour une personne en particulier.
À quoi ressemble votre journée de travail à l'atelier ?
Mon atelier est mon propre monde, avec son air et son ambiance. Beaucoup de lumière, de la musique selon l'humeur, parfois des podcasts ou des films romantiques en fond. Je mets mes vêtements de travail et je commence, et pendant les pauses je bois du thé. J'arrive à l'atelier avec une idée déjà mûre : la technique peut évoluer en cours de route, mais l'idée demeure. Et j'en suis convaincue : plus je prends moi-même plaisir au processus et au résultat, plus je suis intéressante pour les autres.
En 2022, vous vous êtes installée à Zurich. Qu'est-ce que cela a changé pour vous en tant qu'artiste ?
Depuis mars 2022, je vis à Zurich, et mon atelier se trouve à Küsnacht, au Showroom39, où se tient également une exposition permanente de mes œuvres. La Suisse m'a apporté un nouveau public, de nouvelles expositions (Fame Gallery, Wasserkirche, art3f, Art de Suisse) et de nouveaux collectionneurs. Mais mes racines restent kyiviennes : je suis une artiste ukrainienne, et cela se ressent dans chacune de mes œuvres.
J'aime l'Ukraine et je la soutiens de tout mon cœur. Je reste constamment en contact, je suis toutes les personnes qui m'intéressent et, bien sûr, elle me manque terriblement. Ici, en Suisse, je crée mon monde ukrainien et j'y apporte notre esthétique et notre créativité. Et je suis certaine qu'en temps de paix, nous aurons beaucoup de choses à nous dire.
Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui achète une œuvre originale pour la première fois ?
Acheter avec le cœur, et non avec les yeux d'un investisseur. Un tableau doit susciter une émotion chaque jour, quand vous passez devant. Et ne pas avoir peur des grands formats : une grande œuvre transforme l'espace et l'ambiance d'une pièce comme aucune décoration ne saurait le faire. Et si vous hésitez, parlez avec l'artiste. Nous sommes toujours heureux de raconter l'histoire d'une œuvre.
Questions éclair.
• Si vous n'étiez pas artiste, vous seriez : - actrice, et je colorerais la vie de différents rôles.
• Où peut-on vous croiser en dehors de l'atelier : - en voyage, dans les musées, autour d'un verre de bon vin.
• Trois mots sur votre art : - couleur, volume, profondeur.
Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Achever « La Troupe d'une seule actrice » et la présenter comme un projet abouti. Ensuite, développer mon langage de la figure féminine monumentale dans l'ornement et, bien sûr, faire davantage de grands formats.
En plus d'être artiste, vous êtes aussi femme d'affaires et philanthrope : vous êtes partenaire du projet Codeky, qui soutient les jeunes artistes. Un concours destiné aux étudiants de différentes spécialités artistiques a été lancé sur votre plateforme.
- Oui, avec mes partenaires, nous travaillons activement à la création de nouvelles orientations sur notre marketplace en ligne : il y a un volet caritatif ainsi qu'un concours pour les jeunes artistes. Nous espérons que notre expérience et les possibilités de notre plateforme en ligne aideront les jeunes à se sentir plus confiants sur le marché de l'art et, avec notre participation, à présenter plus activement leur art au monde !
